Fabien Mirabaud

La Panamerican Highway

...de Septembre 2002 à Mars 2003

English Version
Livre d'Or
Nos partenaires Déductibilité

Les rubriques :

Qui sommes-nous ?

Le monde de la moto :

La Patagonie - Part 1

Nous traversons une nouvelle fois la frontiere Chili/Argentine. Le poste frontiere au milieu d'une pampa balayee par des vents hostiles nous apparait comme un refuge temporaire le temps de faire les inevitables formalites de sortie et d'entree du territoire.

Nous etions partis ce matin avec le reservoir plein et apres s'etre renseignes aupres des carabineros chiliens si serviables, nous etions sur de retrouver de l'essence a mi chemin pour arriver a bon port le soir sans tomber en panne d'essence. Le petit vilage qui devait nous ravitailler apparait au loin de la piste de cailloux. Arrives sur place, c'est la surprise et l'angoisse qui commence a monter: le camion qui devait ravitailler la pompe a essence n'est pas passe ce mois ci et la pomne est a sec. Nous voila bien! Rebrousser chemin? Faire un detour au nord pour retrouver une station essence? Nous faisons quelques (savants?) calculs pour essayer de calculer notre consommation d'essence en fonction des vents, de l'etat de la route et de notre vitesse. S'ajoute a ces calculs notre bidon reserve de 6 litres que nous avons toujours avec nous. Nous decidons de tenter le coup. Cela devrait etre juste!

Repartis, nous commencons a croiser des gauchos a cheval, image typique des pampas argentines. Le cavalier croule sous le vent qui lui fait face.

Apres 80 km, nous croisons la piste qui va nous mener au sud, la fameuse "Ruta Cuarenta" tant redoutee par les autmobilistes et les motocycliste. Commence alors une conduite qui va manquer de nous faire craquer. Un veritable enfer!

La piste est composee de pierres et de sable. Pendant plusieurs jours, nous n'aurons pas la moindre trace de bitume. Les pierres et le sable ne nous font pas peur en tant que tel, mais le probleme est que de profondes ornieres ont ete creuses par les camions et que les roues des motos n'ont d'autre choix que de suivre! A ces difficultes s'ajoutent des vents d'une extreme violence! Des rafales qui depassent les 100km/h soufflent de cote; une pluie de sable s'abat regulierement sur nous. Nous respirons en continue la poussiere. Le vrai probleme est que ces vents sont tellement violents qu'ils manquent de nous faire sortir de nos ornieres a tout instant. La conduite est eprouvante. Si la roue avant de la moto sors de son orniere, sous l'influence d'un vent lateral qui nous pousse, c'est l'accident assure, la chute qui dans ce desert peut s'averer une veritable galere. Pas une ame qui vive au loin, trois vehicules croises en une journee!! Dans ces conditions, il n'y a pas de place pour l'erreur!

Nous evoluons dans ce contexte pendant des centaines de kilometres. Il y a des jours ou l'on ne depasse pas la troisieme vitesse! Il y a des jours ou l'on fait 100 km en huit heures! Il y a des moments ou l'on a envie de craquer et chacun d'entre nous a senti, a certains moments, le courage lui manquer. L'amitie et le courage des autres feront que celui qui se sent craquer reprend du poil de la bete... Nous nous encourageons a tour de role.

Le paysage est d'une grande beaute mais tend a etre un peu repetitif. Ce qui restera le plus beau sont les couchers de soleils dans ces etendues ou les ciels sont immenses et les nuages balayes par les vents s'etendent dans un registre de couleurs a faire palir les plus grands photographes!

A part quelques gauchos, trois ou quatre jeeps de touristes et des camions de ravitaillement, nos rencontres avec des etres vivants se limitent aux Guanacos, sortes de lamas des pampa, animal appartenant a la race des camelides et en voie de disparition. Par chance, nous croisons de temps a autres des Nandus, ces autruches que l'on ne trouve qu'en Patagonie, et qui detalent dans la pampa des que le bruit de nos moteurs est entendu.

La route est interminable, les chutes evitees de justesse (ou parfois subies de plein fouet avec des degats de moto assez impressionants!). Il arrive que a certains moments, pour eviter de perdre l'equilibre suite a une orniere qui nous piege, la moto se retrouve en l'espace d'une seconde, dans le fosse (mais debout!), ou fait un tete a queue digne d'un film de cascades, ou se retrouve en travers du chemin, dans le sens du vent!

Apres ces nombreux jours epuisants qui ne s'effaceront pas de nos memoires, nous arrivons dans le village de EL Chaiten, pour un spectacle grandiose: au loin se dresse un pic de granite, entoure d'autres pics plus petits, de neiges eternelles, de lacs et de glaciers aux bleux nombreux! C'est la montagne Fitz Roy, entouree des pics Mermoz et Saint-Exupery. Devant une telle beaute, l'on en vient a oublier, le temps d'un trek de 10 km, l'acces si difficile que ces montagnes nous ont imposes!

Les pics baptises des noms des aviateurs francais nous rappelent le passage de ces aventuriers dans ces contrees belles et hostiles. Des passages de "Terre des Hommes" de Saint-Exupery reviennent a nous! Un livre a relire a notre retour...

Notre petit trek dans ces montagnes nous satisfait beaucoup. D'une part parceque, enfin, nous pouvons nous deplacer autrement qu'en moto. D'autre part parceque nous assistons a un spectacle de la nature d'une grande beaute et que nous avons le sentiment de l'avoir bien merite. Un sentier de mule nous mene au travers de marais, de forets d'arbres morts, de cols balayes par les vents, de petits lagons bleus et vert... (ou Tom se sent l'envie de gouter a l'eau glacee!!) et surout, nous permet de nous rapprocher du Fitz Roy. Les pics qui se dressent dans le ciel bleu nous emerveillent. Nous avons de la chance car ils sont souvent dans les nuages!

Vers midi, nous dejeunons au pied d'un glacier et d'un lac, la "laguna de los tres", qui nous aura demande d'escalader des pierriers, de traverser des torrents d'eau glacee qui nous desaltereront au cours de la marche, et de gravir des parois de rochers presque a la verticale.

De retour au village, nous faisons griller quelques steaks qui nous redonnent des forces et retrouvons le dortoir et ses 20 ronfleurs!

L'etape suivante sera celle de El Calafate, au pied de l'un des plus grands glaciers que l'on peut acceder facilement, le Perito Moreno.

Pour cette excursion, nous nous rendons en moto, alleges de notre fourbis que nous avons laisse dans l'auberge de jeunesse qui nous sert de camp de base. Nous sommes accompagnes par un australien fort sympathique, Mark Pierri, qui conduit une moto Yamaha de 1982, achetee au Mexique, sans papier pour traverser les douanes (mais de part sa profession d'avocat et donc de brillant orateur !!, il a reussit -jusqu'a present- au prix de longues heures de patience et de discussions, a franchir les postes de douane sans papier! Un beau record!).

Le glacier que nous decouvrons offre un spectacle que l'on ne peut s'imaginer! Long de plusieurs kilometres, profond de 9 kilometres, haut de 60 metres, le glacier apparait devant nos yeux ebahis. Le dessus du glacier ressemble a la meringue d'une tarte au citron; le mur qui se dresse devant nous plonge, vertical, dans un lac dans lequel flotte quelques icebergs. Le glacier vit devant nous: il craque de bruits sourds, des pans de glace tombent dans le lac, avec des gerbes d'eau enormes. La chute de l'un de ces pans de glace particulierement enorme restera l'un des moments forts de cette journee: un bloc de glaces haut de 50 metre se detache du glacier pour s'effondrer dans un brouhaha enorme dans le lac. C'est l'equivalent d'un immeuble de 10 netages qui tombe devant nous!

Jusqu'en 1988, ce glacier etait l'un des derniers glaciers qui continuaient d'avancer. Mais le rechauffement de la planete ne permet plus ce phenomene. Ce que nous avons vu, nos enfants le verront aussi, mais de plus loin...

Prochaine merveille a voir: le parc chilien de Torres del Paine. Nous nous dirigeons toujours au Sud et lorsque nous regardons une carte a grtande echelle, nous restons surpris de voir a quel point nous sommes pres du but... tellement au Sud!