Fabien Mirabaud

La Panamerican Highway

...de Septembre 2002 à Mars 2003

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Le monde de la moto :

La Bolivie, part 1 - De La Paz a Potosi

Aujourd hui, nous passons la frontiere avec la Bolivie, direction La Paz.
Nous souhaitions passer par Copacabana, mais nous ratons l embranchement (Thomas menait ce jour-la !...) Finalement, les rives du Lac Titicaca nous ont combles, nous passons la frontiere a Desauadero.
Nous depassons la longue file de camions. Les formalies se font tres rapidement, nous slalomons dans la foule ! Un dernier poste de police et nous voila repartis sur le territoire bolivien, sur l´Altiplano, toujours perches a 4000 m !

L arrivee sur La Paz est hallucinante ! Au milieu du desert, les panneaux indiquent "La Paz 15 km ". Pourtant, nous ne pouvons apercevoir une capitale au million d habitants. Et subitement, au pied d une falaise, au creux de sa cuvette, La Paz apparait ! Nous glissons dans la ville, sur nos motos, comme dans un tobogan !
Au centre-ville, pres de la Plaza San Francisco, nous deposons les motos a l alojamiento, une sorte d auberge de jeunesse, pleine de backpackers, tatouages et piercings defilent sous nos yeux ! Notre chambre est couverte de tags, de messages amicaux aux voyageurs, de poemes...

Le jour de la "Descente la plus dangereuse du monde", selon la Banque Internationale de Developpement (?...)
Dans l equipe, deux danoises, genre poupees-barbie, et un couple d anglais. Nos guides : Victor et Hugo (Veridique !). Nous devenons malgre-nous interpretres anglo-espagnol !
Nous quittons La Paz en camionette et montons a 4.800m. Nous chevauchons les VTT et c est parti ! 20 km de route asphaltee, 40 km de chemin de terre, que de la descente, pas un coup de pedale, le bonheur !
L asphalte, ce fut a toute allure, tres rapide mais tres agreable : s emerveiller des paysages, le vent sifflant dans nos oreilles ! Nous passons un poste de controle millitaire "anti-cocaine". Puis c est le fameux chemin, de terre et de cailloux, sur 40 km. Sur ce troncon, ceux qui descendent roulent a gauche, cote ravin - A ne pas oublier ! Certains descendent au rythme de la promenade, mais la tentation est trop forte, nous nous prenons au jeu et tentons de suivre notre guide qui devalle la pente a toute allure ! Tous les 5 km, il s arrete et nous montre les carcasses des bus, ecrases au fond du ravin, faisant des dizaines de morts !... Des gamins sont perches avec des drapeaux rouge et vert, prevenant l arrivee de camions au tournant et gagnant ainsi quelques pesos. Au sommet, il neigeait un peu, nous etions bien couverts. A bas, vers les 1.700 m, nous croulons sous la chaleur, a peine en T-Shirt, et nous rejouissons de passer sous des cascades d eau bien fraiche !
Le retour en camionnette sera tout aussi mythique ! En debut de soiree, la forte pluie fait du chemin un torrent de boue. La camionnette passe chaque virage a deux doigts du precipice. Nous nous cramponons. Une premiere crevaison, nos guides changent la roue dans la pente. La nuit tombe, une deuxieme crevaison. Nos guides la repare avec leur materiel de velo : un peu de colle et des rustines !
Nous rentrons finalement a minuit, physiquement lessives, emotionnellement bien secoues !

Dimanche 12 janvier. Nous quittons La Paz et nous nous dirigeons vers Oruro. La ville n est pas grande mais tres etalee, un peu glauque...Arrives au centre, nous nous apercevons qu ils manquent d iode dans le coin ! (Rappelons que le defaut d iode dans les regions montagneuses et isolees conduit au "cretinisme", source : inconnue).

Avant de nous mettre a la recherche d un Alojamiento, nous passons a la gare pour nous renseigner sur le train Oruro-Uyuni (la route est tres mauvaise, parait-il, et nous souhaitons garder nos motos entieres avant de s attaquer Salar, repute bien difficile...), le train, donc, reprenons, qui part demain. Damned ! Il part ce soir-meme ! t il y a une file d attente de 10 km !!! Fabio, par de grands signes de bras, etablit la communication avec un touriste anglais, pas loin du guichet. Notre nouvel allier nous decroche un numero d attente. Fabio reussit a recuperer nos billets 15 minutes avant le depart. La course commence : il nous faut mettre les motos dans le wagon-bodega. Surprise de taille : le wagon est a plus d 1m50 du sol ! Une dizaine de p'tits gars nous aideront a soulever les motos pour quelques bolivianos !... Les becanes sont callees entre des sacs de terre, mais cela suffira-t-il ? Le train part, nous sautons dedans. Les interminables secousses nous mettent un noeud au ventre, c est l angoisse ! On s imagine deja ouvrir le wagon et voir les motos en mille morceaux ! Nous cherchons le sommeil, pour ces sept heures de trajet...
Arrivee a Uyuni, a une heure du matin. La locomotive se decroche, avec notre wagon-bodega, et quitte la gare, sous nos yeux, dans les tenebres...mais il reviendra 10 minutes plus tard, juste une petite manoeuvre de changement de quai. Nous ouvrons le wagon, elles saines et sauves ! (un cheminot a eu la bonne idee de les amarer solidement avec des cordes ! ). La descente est plus facile. Fabio debusque une planche, nous laissons les motos descendre d elles-meme. Puis nous nous dirigeons discretement derriere un wagon abandonne, et nous couchons sous les etoiles, au cote de nos fideles montures. Il est deux heure du matin, un gardien nous decouvre, surpris de nous voir ainsi, mais nous laissera roupiller tranquilement...

A Uyuni, nous nous croyons dans un village d un vieux western-spaghetti : ses rues de sable, desertees, ses maisons en bois, le vent qui balaye la poussiere, le desert qui entour la ville, nous n attendons plus que Clint Eastwood !
Deux allemands sortent a peine du Salar, nous leur posons plein de questions, ils ont l air epuises ! (Petite anecdote : etourdis par l incroyable etendue blanche du Salar, ils se sont rentres dedans ! Retenons la lecon...)
Nous prenons le temps de bien preparer notre traversee du Salar : la meteo, les points de ravitallement, les agences qui pourront nous guider...
Les motos sont pretes, nous les laissons a l ecurie deux journees durant : nous partons a Potosi (en car, cette fois - on vous jure, les terrifiantes routes boliviennes n auraient fait qu une bouchee de nos petites deux-roues !)
La route est vraiment defoncee, nous decouvrons la "tolle ondulee", les vibrations sont telles que les fenetres menacent de se decrocher de la maigre carcasse de notre petit bus ! Ainsi pendant 6 heures, 7 en comptant la crevaison (pourtant, les chicos allaient resserer la roue toutes les demi-heures !) .

Potosi, anciennement ville la plus riche d Amerique Latine par ses nombreuses mines d argent, nous devoile un cachet de ville coloniale bien estompee... Nous visitons la mine du Cerro. Une chance, nous sommes seuls avec notre guide. C est un ancien mineur ; en croisant ses anciens collegues, il les aide et nous convie a y prendre part et sortons quelques sacs de pierre du fond de leur galerie. L ambiance est bonne : nous pouvons offrir quelques poignees de feuilles de coca a chaque mineur que nous croisons lors de notre descente sous terre ; ils nous remercient et nous montrent leurs mineraies. Macher la feuille de coca les aide a surmonter l altitude et les dures conditions de travail. Les mineurs y travaillent de 8 a 10 heures par jour, de generation en generation.
Nous apprenons que les esclaves, aux XVIe et XVIIe siecle, y restaient 6 mois sans sortir. Plus de la moitie y mourraient...
Des petits diablotins, statuettes de terre, sont nichees au fond des galeries. Ils les appellent "Tio", deformation linguistique de "Dios" en quetchua. Ils leur deposent des feuilles de coca et de l alcool en offrande. Les symboles de fertilite sont immanquables ! Le Tio, embleme masculin, et la montagne, embleme feminin, seront ainsi encourages a fournir par leur union d importantes quantite d argent.

A bientot, pour nos aventures au Salar d Uyuni, une traversee bien eprouvante mais qui nous laissera des images plus qu extraordinaires en tete !